vendredi 17 novembre 2017

Transport amoureux


Ils ont une petite trentaine d’années, lui barbu, le haut du crâne prématurément dégarni doucement camouflé d’un duvet noir qui peine à résister. Elle a les cheveux longs, bruns, maîtrisés par une queue-de-cheval, des yeux bleu pâle et une peau blanche à peine colorée d’un halo rose du côté des joues. Ils sont habillés cool : tshirt et pantalon gris pour monsieur, jupe aux motifs de fleurs roses sur legging noir et tshirt moutarde à manches longues couvert d’un gilet bleu pour madame. Ils ont surtout une petite fille de deux ans, brunette au doudou-lapin rose greffé à un pouce absorbé par sa bouche.

Admiration extatique

Ils s’installent dans un carré du TGV, les deux parents côte-à-côte, la petite posée avec délicatesse en face du père. La maman sort de son sac Le Monde du jour, le papa pose le supplément du journal sur la tablette devant lui. Ils dédaignent les nouvelles tristes du jour, les enquêtes explosives et les reportages étonnants. Leurs yeux sont fixés sur leur merveille. Ils la contemplent, un léger sourire de bonheur éclaire leurs visages. Puis ils se tournent l’un vers l’autre, se regardent, sans rien dire, c’est inutile, ils s’aiment, ils sont heureux, leur enfant est magnifique. Ils replongent dans l’admiration extatique du fruit de leur amour, la maman vient poser sa tête sur l’épaule de son compagnon, sans rien lacher du regard. La petite est tranquille, observe son entourage, sourit à un voisin. Le père glisse un bras vers le ventre de sa mie : comble de la joie, le petit frère, la petite soeur, est en route pour rejoindre, dans quelques mois, la maison du bonheur.

Lecture perturbée

Le père ne tient plus, il se penche, soulève la fillette, la pose sur ses genoux, la love dans ses bras, la câline, l’embrasse. Après ce moment de fusion, il la repose à sa place. Elle s’endort. La maman et le papa tentent enfin de se plonger dans leur lecture. Lecture perturbée à maintes reprises par ce petit bout de vie au doudou rose qui, sans bouger, du fond de son sommeil, parvient à rendre les mots inutiles, à remplir le silence d’une douce passion, et transforme ce carré de sièges bleu et rose layette d’un TGV à bas prix en un nid douillet et précieux.
TGV Oui-Go Massy-Rennes, vendredi 17 novembre 2017. 

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